ADN

Association pour la Démocratie à Nice et dans les Alpes Maritimes

28 octobre 2007

Maison Blanche à Nice : un toit, des papiers, un école

Un toit, des papiers, une école!

discussion_maison_blanche

Maison Blanche Solidarité 

40 personnes, représentant une quinzaine de familles. Parmi elles, 27 enfants scolarisés. Des français, des tchétchènes, des algériens, des tunisiens, des cubains, des ex-yougoslaves... En commun : le destin d'exilés, le désir de vivre en sécurité, la capacité de s'intégrer vite et, pour les enfants, une soif d'apprendre qui les projette souvent en  tête des classements.
Et puis, il y a ceux qui, par bonheur, ont été régularisés ou des citoyens français à qui aucun toit n'est proposé. Sur les 97 personnes ou familles concernées l'hiver dernier à nice par le mouvement des "Don Quichotte", une soixantaine est toujours sans logement !
L'an dernier, la circulaire Sarkozy a régularisé plusieurs centaines de  familles dans la même situation. Cette année, les mêmes, ou presque, apparaissent comme des délinquants à traquer.
A leurs cotés, des familles de déboutés du droit d'asile se retrouvent à la rue, sous le coup de menace d'expulsion, après avoir pourtant été protégés plusieurs mois, voire un an ou deux par leur statut de demandeur d'asile.
Tout comme les oubliés de la circulaire Sarkozy, ils n'ont pas changé, ils ne se sont rendus coupables de rien, ils ont juste perdu un peu d'espoir.
Faut-il évoquer la situation de cette famille composée de deux femmes adultes et salariées accompagnées des trois fils de l'une d'elles. L'ainé des garçons entre en terminale S après avoir révisé les épreuves
de première à la lumière de bougie dans un squatt sans eau, sans gaz, sans électricité.
Et que dira-t-on à cette jeune collégienne, première de sa classe, malgré des problèmes de santé qui ont conduit sa maman à quitter une famille, une situation, des amis pour venir en France la soigner ?
Que lui dira-t-on de ce pays qui, en effet, donne des soins et l'école tout en la menaçant d'explulsion ?
Et que dit-on à toutes les personnes sans domicile à qui une solution avait été promise lors de la crise révélée par le mouvement des "Don Quichotte"
?
Nous sommes des militants d’organisations membres du « Réseau Education Sans Frontières 06 » et du « Rêve de Don Quichotte ». Nous décidons de soutenir ces familles en leur procurant un lieu de vie acceptable. Il s’agit d’un immeuble inoccupé depuis un an et actuellement sans affectation immédiate.
Enseignants, parents d’élèves, travailleurs sociaux, élus ou simples citoyens, nous avons tout tenté pour protéger des élèves contre l’insécurité que constitue pour leur scolarité la situation faite à leurs parents. Nous étendons notre soutien aux personnes privées d’un toit.
   Encore et toujours, nous réclamons :   
- l’examen diligent des demandes de logement urgentes formulées par les personnes privées d’un domicile,
- le traitement des demandes de régularisation formulées par les personnes sans titre de séjour, en raison des engagements internationaux que la France a ratifiés, concernant  les risques de traitement dégradant que ferait courir à beaucoup d'entre eux le retour au pays d'origine,
- le respect de la vie privée et familiale,
- la prise en compte de l'intérêt supérieur de l'enfant. 
  Et nous demandons :
- La reconnaissance par les pouvoirs publics de la volonté des résidents d'entretenir les lieux dans un état de propreté et de sécurité pour rendre possible la vie des familles et des nombreux enfants qui y résident,
- la reconnaissance par les pouvoirs publics de l'absence de trouble à l'ordre public par le fait que cette occupation de locaux privés n'engendre aucun préjudice pour la population environnante.
« La Maison Blanche » est un refuge pour abriter la vie personnelle et familiale, pour favoriser l’intégration et pour soutenir la scolarité. Elle sera aussi un lieu de vie associative.

Dimanche  7 octobre : La journée a été longue mais après bien des peurs, nous sommes autorisés à rester. Nous avons pris un repas tous ensemble, aidé les enfants à faire leur devoirs comme une grande famille.
L'association St Jean Baptiste, propriétaire du batiment, après bien des discussions et sous surveillance discrète de la police, nous autorise à rester. Elle doit réunir un Conseil d'Administration extraordinaire pour statuer sur notre sort le lendemain. En fait, elle dépose plainte le jour même !!

Mardi  9 à  16 h : les huissiers ont apporté des convocations au TGI de Nice pour audience le mercredi matin à 9h.

Mercredi 10  : Au TGI, les avocats des familles ont demandé le renvoi, qui a été accordé - L'audience est reportée au jeudi 11 à 17 heures. Le soir, la police municipale se rend à la Maison Blanche pour y apporter un arrêté d'expulsion émanant du maire qui avait fait diligenter dans l'après-midi une commission d'inspection de la sécurité du bâtiment.

Vendredi 12 octobre : Le Tribunal ayant statué sur l'ordonnance d’expulsion pour les occupants de la Maison Blanche, la Préfecture propose une négociation.
Eric DJAMARKORZIAN, sous-Préfet, est venu sur les lieux avec les services de la DDAS, du bureau de l'admission au séjour, des associations en charge du logement, et du service logement du Conseil General pour apporter des solutions.
Au terme dune discussion qui fut longue, des solutions sont été proposées et mises en place.
Tout le monde (40 adultes et enfants) est relogé dans des hôtels du centre ville dans l'attente d’un suivi personnalisé en vue d’un relogement pérenne.
La Préfecture a diligenté des véhicules pour acheminer les familles et leurs bagages vers les lieux d'habitation. Départ émouvant mais avec la promesse de se revoir et de suivre les actions de relogement. A 21 heures, la maison Blanche avait replonge dans l'inutilité.

Pour les 8 familles en situation irrégulière que nous suivons depuis des années,  des rendez-vous ont été pris mercredi toute la journée avec le service de l'admission au séjour pour examiner leur situation.
Pendant ce temps, Eric Ciotti, le député de la circonscription qui n'est jamais venu sur les lieux, a fait distribuer un tract dans les boites aux lettres du quartier.

Il affirme "qu'il avait tenu a dénoncer avec force cette occupation illicite qui utilise la détresse humaine à des fins politiciennes en faisant peser de très lourds risques sur la sécurité des personnes" et qu'il avait demandé au préfet de procéder immédiatement à l'expulsion des étrangers en situation.
Plus aucune nouvelle par contre de M. Sankale, évêque de Nice, qui avait pourtant annoncé qu'il apporterait son soutien aux familles.

Mercredi 17 octobre : Comme promis par la Préfecture, les dossiers des 8 familles sans papiers seront examinés individuellement  de 9h à 12h et de 14h à 16h30 dans les locaux de l'ANAEM, 208 route de Grenoble (Bt B), derrière Nice-Matin.
Vendredi 26 octobre : Nous avons accepté de quitter pacifiquement les lieux à la suite d'engagements de la puissance publique qui ont été en partie respectés.
Il s'agissait de réexaminer les dossiers des personnes sans papiers. La Préfecture, dans son zèle républicain, se déclarait prête à "mouliner" tout le week-end du 13/14 pour redonner une chance à ces situations le plus souvent dramatiques. Nous avons trouvé le délai expéditif, les modalités un peu "légères" et obtenu une séance de rencontres avec les intéressés dans les locaux de l'ANAEM le mercredi 17 ainsi que la possibilité pour certains d'entre nous de participer aux entretiens. 
9 jours plus tard, tout en mettant en place discrètement des solutions d'hébergement avec ALC et ACTES, le sous-préfet référent dans cette affaire s'est employé à nous en dire le moins possible tandis que certaines familles, présentes à leur hôtel au moment de la visite des fonctionnaires se sont vu signifier aujourd'hui après-midi la décision de Monsieur le Préfet.

Nous savons que la famille T. (tchétchène, 3 enfants dont un champion de lutte immédiatement mobilisable sous les couleurs de la France) a été régularisée 
Une maman tunisienne (menacée dans son pays du fait d'avoir quitté le domicile conjugal après des maltraitances) et sa fille (malade et néanmoins leader de sa classe de 3° à Vernier) sont frappées d'une Obligation de Quiter le Territoire Français contre laquelle il convient de former un recours devant le Tribunal Administratif dans le délai d'un mois.
Une famille algérienne parrainée a fait l'objet d'une confirmation du refus de séjour manifesté lors de la Circulaire Sarkozy l'an dernier et une procédure de recours est toujours pendante devant le Tribunal Administratif.
Un célibataire tchétchène connaîtra son sort après une visite médicale le 6 novembre.
Deux célibataires et deux familles sont toujours dans l'attente angoissée d'une notification de décision

Le 115 ce soir  a confirmé avoir reçu l'instruction de ne pas héberger les personnes en situation irrégulière...malgré l'amendement obtenu par M Hirschsur l'hébergement d'urgence pour les familles sans papiers!

Samedi 27 : Nous somme présents lorsque l'officier de police vient  remettre à deux familles le courrier préfectoral avec la réponse tant attendue . Encore une fois de la joie et des pleurs.
Mme R. seule avec  3 enfants scolarisés a reçu un accord.
M et Mme D. (Tchétchènes) 3 enfants
scolarisés, tous deux salariés se sont vus notifiés un refus. Une procédure est néanmoins pendante devant le Tribunal Administratif et ils attendent une convocation devant la Commission  des Recours des Réfugiés.

Et puis, il a les familles ou célibataires, français ou en situation régulière, hébergés eux aussi jusqu'au 31 octobre, et pour lesquels nous ne connaissons pas, malgré les nombreux contacts et un rendez-vous la semaine dernière avec la DDASS, les solutions ultérieures de relogement.

Tout en voulant encore croire à la parole publique, il est prudent de renforcer notre vigilance et notre mobilisation au cours des trois premiers jours de la semaine pour que personne ne se retrouve à nouveau à la rue.

Les familles sont reconnaissantes des innombrables marques de soutien manifestées depuis trois semaines par chacune et chacun d'entre vous.

PETITION_MBS- Livre__blanc -Reponse_PREFET__06- Communique_14_octobre

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